Annexes

Animer et gérer les échanges

Même avec un cadre clair, gérer des débats n’est pas forcément aisé et, comme le rappellent régulièrement de nombreux enseignants et éducateurs, ils ne sont pas souvent formés pour. En s’informant un peu, en allant voir comment font quelques collègues et surtout en s’autorisant concrètement davantage de discussions avec les élèves, il est cependant possible de dépasser ce sentiment d’incapacité et de se rendre compte de tout le potentiel d’apaisement que le débat peut avoir sur un groupe. Sur ce chemin, plusieurs défis sont cependant à relever.

Délaisser la posture du « maître connaissant » pour celle du « curieux questionnant »

Le premier est de sortir de la position du « maître » ; de cette idée qu’un enseignant doit forcément en savoir plus que les élèves s’il veut entrer en échange avec eux. Si cette posture peut être utile dans le rapport à la matière, elle est contre-productive au niveau des échanges puisqu’elle suppose par définition que les idées de certains protagonistes ont plus de valeur que celles d’autres. À l’inverse, lorsqu’un adulte accepte de débattre sans forcément en savoir plus que les élèves, il peut alors leur apprendre plus efficacement les principes-mêmes du débat que sont l’écoute, la remise en question, la capacité à poser des questions, le cheminement intellectuel…

 

Le second défi est d’apprendre que, même lorsqu’on ne maîtrise pas tous les outils d’une démarche, elle peut être bénéfique. Même s’ils ne sont pas parfaitement gérés, beaucoup de débats sont positifs lorsque les adultes tentent de mettre en pratique ce qu’ils recherchent : la culture de positions de bienveillance, l’écoute, la remise en question, la patience avant de se positionner…

Le troisième défi est de dégager du temps. Il ne suffit pas de se rendre compte de l’intérêt des débats. Lorsqu’ils prennent place, il faut également les articuler avec les autres contraintes, « horaires » et « programmes » notamment.

Lorsqu’un débat surgit, il est important de savoir qu’on peut toujours le postposer. Si des débats existent avec les élèves, ils comprendront souvent que ce n’est pas une manière de s’en débarrasser.

Si le moment est opportun ou s’il n’y a pas d’autre choix, les règles qui suivent sont très utiles pour aborder la plupart des débats :

 

  1. Parler en « je », éviter le plus possible de s’exprimer au nom de l’autre, et encore moins pour lui dire ce qu’il doit faire. Que ce soit par le « tu », le « ils », le « vous » ou le « nous », inclure les autres dans ses propres positions ouvre bien souvent la porte aux stéréotypes et autres raccourcis.
  2. Éviter tout jugement : sur les personnes, sur les idées… Pour l’animateur, il s’agit non seulement d’inviter les jeunes à éviter d’être dans le jugement, mais aussi de montrer l’exemple à ce niveau, même par rapport à des positions qu’il trouverait extrémistes.
  3. Inviter les acteurs à exprimer leurs émotions par rapport au sujet. C’est ce qui permet de sortir du jugement sans sortir de la liberté d’expression. Plutôt que de dire « les étrangers sont tous des voleurs », on peut ainsi amener un jeune à réfléchir et, s’il persiste, à reformuler en « je vois les étrangers comme des voleurs » ou en « on m’a dit que les étrangers étaient des voleurs », voire encore en « j’ai été volé par une personne d’origine étrangère ». Selon le déroulement des échanges, l’animateur cherche à aider les jeunes à reformuler eux-mêmes leurs idées, ou bien il leur propose spontanément des reformulations moins jugeantes, facilitant ainsi la compréhension des autres, diminuant les violences éventuellement ressenties. Pour que ce principe puisse être respecté, il est fondamental de l’expliquer avant le début de l’animation (voir Annexe 2).
  4. Lorsque les idées des jeunes paraissent les opposer, les aider à résumer les points communs et les divergences.
  5. Rappeler systématiquement que l’on peut être en désaccord. Le but n’est pas que tout le monde soit du même avis : c’est que tout le monde puisse être entendu, et que tout le monde soit respecté.
  6. Lorsque l’on fait des commentaires sur la qualité des arguments évoqués ainsi que sur la qualité de leur présentation, ga rder à l’esprit qu’il est fondamental d’être encourageant, de mettre en avant les qualités de l’expression, et présenter les limites comme des invitations à faire mieux. En soi, prendre la parole en public est déjà un geste positif. Ce n’est facile pour personne, et ce n’est certainement pas plus simple à l’adolescence.
  7. Si besoin, insister sur le fait qu’un débat réussi est un débat où l’on parle et on écoute

 

En plus de ces principes de gestion générale d’un débat, nous vous invitons à consulter la fiche suivante traitant de la manière de réagir aux violences et propos antidémocratiques.

 

Ressources spécifiques dans ce guide

  • Annexe 2 : Placer un cadre aux débats

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