Annexes

Donner son avis ?

Dans un débat ou avant même qu’il commence, un(e) élève vous demande votre avis sur un sujet d’actualité, politique ou idéologique. Que faire ?

 

Cette situation est ultra fréquente. En fait, c’est lorsqu’elle n’arrive pas qu’il faut s’inquiéter. Cela pourrait indiquer que votre relation éducative n’est pas bien installée. Lorsque les élèves nous demandent de nous positionner, c’est parce qu’ils ont besoin à la fois de repères incarnés pour réfléchir et de la référence d’un adulte qui a de l’expérience. C’est aussi parce qu’ils ont besoin de se rassurer : si l’adulte qui invite au débat ose donner son avis personnel, c’est que tout le monde peut le faire. À l’inverse, s’il refuse de le donner, cela peut semer le doute sur leur perception de la réelle sécurité de l’espace de parole.

 

Donner son avis, ni trop fort ni tout de suite

Ces différents éléments font que le fait de donner son avis doit être manié avec précaution. D’un côté, il est important de répondre aux besoins des jeunes et d’être aussi un partenaire des interactions, de l’autre il faut vraiment se méfier de l’impact que peut avoir notre avis sur les leurs, et se prémunir de toute position d’influence et/ou prosélyte que notre position d’autorité pourrait accentuer.

 

 

Au préalable : votre réseau et votre cadre

Dans cette matière, il est tout d’abord fondamental de voir dans quel réseau de l’éducation belge francophone vous vous situez. Si vous êtes enseignant dans une école des réseaux officiels, vous êtes soumis à l’impératif de neutralité dont l’interprétation est aujourd’hui très limitante. Même si cela peut être utile dans le déroulement des débats, il vous sera dès lors interdit de donner votre avis sur toutes les questions liées aux débats politiques, idéologiques et/ou religieux. Dans ce cas de figure, il sera très important que vous preniez du temps pour l’expliquer aux élèves, pour qu’ils en comprennent le cadre et les raisons. Il sera tout aussi important que vous travailliez encore davantage la relation avec eux, d’une certaine manière pour compenser le déficit de confiance que cette situation génère.

Si vous êtes enseignant dans une école du réseau libre, ou si vous travaillez dans toute autre structure non soumise au décret neutralité, vos possibilités sont plus nombreuses.

 

À court terme, entre exemple et retrait

À court terme, il est fondamental de sentir s’il y a une demande de la part des jeunes de prendre la parole et, si c’est le cas, de toujours la leur donner en premier. S’ils vous demandent votre avis, vous pouvez donc leur annoncer que vous le leur donnerez en fin de discussion, ou lors d’une animation ultérieure. Si à l’inverse, vous sentez que les jeunes sont encore un peu craintifs à l’idée de dévoiler leurs pensées, vous pouvez au contraire opter pour le fait de donner votre position. Lorsque c’est le cas, il y a plusieurs éléments importants à avoir en tête :

  1. Toujours parler en « je » et, dès que c’est possible, donner les éléments personnels qui pourraient expliquer votre position ;
  2. Ne pas donner votre position mais également mentionner d’autres positions que vous jugez importantes et intéressantes même si elles ne rencontrent pas (ou pas complètement) votre avis. Éventuellement ne pas expliquer laquelle des positions exposées serait la vôtre ;
  3. Insister sur le fait que « ne pas être d’accord » est une force et que la diversité de point de vue est intéressante ;
  4. Être très attentif au timbre de votre voix et à votre non verbal. Le but est d’être suffisamment détaché au niveau émotif.

 

À moyen terme, multiplier les référents

À moyen terme, si vous avez donné votre avis à des jeunes sur un sujet, il peut être bon de saisir les opportunités que des avis divergents leur soient également partagés, par des collègues, par des adultes avec lesquels vous les mettriez en contact.

 

Une attitude en 4 principes

Enfin, et de manière générale, pour donner son avis sans pour autant être dans le pouvoir d’influence, nous conseillons les principes suivants :

  1. Accompagner le jeune/l’élève dans l’exploration de sa propre position en trouvant un juste équilibre entre l’« exemple » de l’expression de soi et le « retrait » qui permet celui des élèves ;
  2. Plutôt que de « refuser de témoigner en faveur d’un système philosophique ou politique quel qu’il soit », accueillir les positions des jeunes avec bienveillance et les accompagner dans la compréhension du dialogue entre les différentes positions en présence ;
  3. Explorer les oppositions entre les positions exprimées et les principes issus des droits humains ;
  4. Pour éviter que ne se développent le prosélytisme religieux ou le militantisme politique, donner une réponse concrète en mettant en pratique les principes citoyens, et en permettant dès lors aux jeunes de vivre leur potentiel émancipatoire.

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