GENRES

Être femme dans un rôle d’autorité

Suite à une consigne donnée, un élève garçon répond à une enseignante qu’elle n’est qu’une femme et qu’elle n’a pas à lui donner d’ordre. De manière générale, cet élève a des commentaires dégradants à l’égard des filles et des femmes. Que faire ?

 

Que ce soit dans les cultures traditionnelles ou dans de nombreux discours contemporains, bien des idées dégradantes circulent encore sur les femmes et leur soumission supposée à l’autorité des hommes. En même temps, à l’école, les positions d’autorité sont majoritairement occupées par des femmes, ce qui amène un décalage évident et le besoin pour les élèves de “tester” pour se repérer entre ces référents contradictoires.  

Travailler la relation personnelle, faire évoluer les positions culturelles

Si ces propos sont prononcés en public, c’est que le jeune a choisi de confronter ses idées stéréotypées à l’exercice de votre autorité. Pour y réagir, il est donc important de se demander si la solution ne serait pas à trouver dans la relation spécifique que vous avez avec lui. S’est-il passé quelque chose récemment ? Comment cet élève se comporte-t-il avec les autres ? Est-ce qu’il y a quelque chose à « traduire » dans son comportement ? Que vit-il dans sa vie, notamment familiale, pour être dans ce genre de position vis-à-vis des femmes ?

 

Ces éléments sont importants car un second enjeu de cette situation est de maintenir une relation éducative de confiance avec le jeune tout en lui faisant prendre conscience de la gravité et de l’illégalité de ses mots.  

 

Il peut aussi être inconfortable de tenter de restaurer l'autorité féminine tout en étant soi-même une femme. Si c’est votre sentiment, ne vous en faites pas trop quand même. Avec un jeune, même lorsque son contexte culturel et identitaire est défavorable, travailler sur la relation directe permet plus que régulièrement de faire bouger les lignes.  

À court terme, esquive et recadrage

En réaction directe à ce genre d’agression, il est important de ne pas montrer que ces propos vous affectent. Le jeune étant en train de tester votre autorité, si ses attaques ne vous atteignent pas, il sera rassuré sur votre force en tant que leader du groupe en classe. Le but n’est pas non plus de minimiser la gravité des mots. Les autres élèves étant présents, il est hors de question de consentir à ces idées. L’idéal est donc d’avoir un commentaire sur le cadre d’autorité de l’école, en faisant référence également au cadre légal qui, en Belgique, interdit formellement ce genre de discrimination. Le plus important est cependant de laisser une porte ouverte au jeune homme, par exemple en lui disant que « vous seriez ravie de l’aider à prendre conscience et à faire évoluer ses idées ». En tout état de cause, il est important, à la fin du cours, de prendre un moment pour en parler avec lui en privé. Si votre réaction publique a été dure avec lui, cela vous permettra de lui montrer votre ferme bienveillance. Dans tous les cas, cela aidera à montrer l’importance que vous accordez à la situation et à sa résolution.  

 

À moyen terme, nourrir le dialogue intérieur des jeunes

À moyen terme, vous pouvez rebondir sur cette situation pour amener des éléments nouveaux à la réflexion : histoire des droits des femmes, principes démocratiques qui y sont liés, réflexion sur le “féminin” et le “masculin”, questions légales, sanctions appliquées. De nouveau, c’est important que ce travail soit fait de manière détachée au niveau émotionnel. Pour les jeunes concernés, ce genre de travail amène un conflit de loyauté qui est avant tout interne. Malgré ce que les apparences laissent souvent penser, ils sont divisés entre une référence traditionnelle et la référence de l’école. Ils se sentent liés aux deux, mais ne savent pas trop comment les articuler. En d’autres termes, tout l’enjeu consiste à les aider à construire leur dialogue intérieur.

 

Pour cette thématique comme pour d’autres, vous pouvez choisir de traiter la question en utilisant des outils d’expression tels que les débats de position, les brainstormings, les cafés philo ou encore les joutes verbales. Dans tous les cas, vous devez savoir que vous obtiendrez de meilleurs résultats si, pour les animer, vous travaillez avec un duo « homme-femme ». Chez certains jeunes, les réactions aux hommes ou aux femmes étant tellement profondément ancrées, travailler avec les deux référents permet de gagner un temps et une efficacité considérables.

 

À long terme, partenariats et projets

À plus long terme, il est évidemment possible de faire des projets avec des associations impliquées sur ces thématiques ou avec des partenaires qui vous permettent de les traiter. Mais vous devez garder à l’esprit que, face à ce genre de problème, le fait de vivre des relations de genre apaisées dans le groupe est toujours prioritaire par rapport aux enjeux extérieurs de la société.  

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