GENRES

LGBTQ+ : dépasser toutes les formes d’homophobie

Que faire si un(e) élève tient des propos irrespectueux ou marque une hostilité envers des personnes LGBTQ+, indiquant que c’est contre notre culture, contre nos traditions et contre nature ?

Toutes les écoles accueillent des enfants pouvant faire l’objet de LGBT-phobies. Il existe de multiples profils : un(e) jeune qui va à l’encontre de son orientation sexuelle présupposée, un(e) jeune issu(e) d’une famille homoparentale ou ayant un parent homosexuel, toute personne non conforme aux stéréotypes de genre, par la façon de s’habiller, d’agir, ou simplement à cause de rumeurs. Les agressions portées peuvent être directement adressées à la personne (un(e) élève en traite un autre de « pédé ») ou indirectement, avec des propos du type « moi, je hais les homosexuels »). En plus, les victimes de ces actes ne sont pas toujours faciles à identifier : certaines ont peur d’assumer leur identité, ou ne l’ont pas encore elles-mêmes acceptée. C’est ce qui fait que toutes les paroles « LGBT-phobes » sont a priori susceptibles de blesser et qu’elles doivent être combattues pour leurs violences directes autant que pour leur contribution à une culture hostile aux libertés d’orientations sexuelles.

 

Propos « LGBT-phobes », manifestations culturelles et/ou agressions personnelles

Du fait de l’enracinement culturel de l’homophobie, face à une violence concrète, le premier défi est de bien comprendre le contexte dans lequel une telle parole prend place. Si c’est une insulte sans homophobie consciente (« pédé », « enculé » ou « tapette » étant devenu des termes banalisés), il peut être opportun de simplement indiquer le problème, avec ou sans humour, de manière à éviter l’acceptation implicite. Si le/la jeune s’en étonne, vous pouvez surenchérir en faisant comprendre en quoi l’utilisation d’un certain vocabulaire est liée à la discrimination des personnes LGBTQ+ en particulier. S’il est par contre établi que les violences vers l’élève viennent du fait de son orientation (réelle ou supposée), la réaction devra être sensiblement plus substantielle, avec un travail de réflexion et de réparation chez les jeunes concernés (surtout si une situation de harcèlement est pressentie). Si enfin il s’agit de l’expression d’un point de vue (« je trouve que le fait d’être transgenre ce n’est pas naturel », « deux hommes qui couchent entre eux ça me dégoûte »), l’enjeu sera alors d’accompagner le débat afin d’aider les jeunes à comprendre la limite entre leurs émotions et les comportements violents sur lesquels elles pourraient déboucher, pour les aider aussi à se situer par rapport aux principes avec lesquels leurs émotions peuvent entrer en tension.

 

Prudence et sensibilité vis-à-vis des élèves potentiellement concernés

Dans ce genre de travail, il est important d’être prudent, et notamment de ne pas provoquer de replis chez le(s) possible(s) concerné(es), car (1) certaines personnes ne sont pas prêtes à dévoiler publiquement leur sexualité/identité de genre, (2) les manifestations anti-LGBTQ+ pèsent lourd sur la construction de soi dans un contexte où les jeunes ressentent déjà la violence d’un système dans lequel la norme est d’être hétérosexuel/cisgenre. 

À court terme, recadrer les violences

À court terme ou en situation de crise, il est nécessaire de réagir aux situations factuelles et, s’il y a « manque de respect » ou « incivilité », de ne pas les tolérer. Si le propos est tenu dans un débat, il s’agit de tenter de maintenir une conversation apaisée en appelant les participants au respect dans leur prise de parole. L’enseignant peut expliquer en quoi le propos tenu est problématique au regard du droit au respect des personnes LGBTQ+. 

 

À moyen terme, justice et cohésion du groupe

À moyen terme, dans le cadre d’un conflit, si on suspecte une situation de harcèlement en raison de l’identité de genre d’une personne/de son orientation sexuelle, il est possible d’appliquer les mêmes outils que dans la situation de harcèlement (fiche 5.1.5). Cette perspective peut nécessiter de travailler parallèlement avec la victime, si elle s’en sent prête. Attention toutefois à ne pas renforcer sa stigmatisation (notamment si elle n’a jamais rendu son orientation publique à l’école). En outre, si les auteurs des propos ne se révèlent pas partenaires et qu’un processus de réparation n’est donc pas envisageable, il y alors lieu de les sanctionner de manière traditionnelle et/ou de conseiller aux victimes de porter plainte et de les accompagner dans cette démarche.

 

Si l’incident a eu lieu dans une discussion de groupe, il s’agit de veiller, d’une part, au maintien d’une bonne ambiance dans le groupe, d’autre part d’entamer un travail de réflexion sur les droits et lois qui protègent les personnes LGBTQ+ (en plus de la liberté sexuelle, le droit au mariage ou à l’adoption, par exemple). 

 

À moyen terme toujours, il peut être utile de passer par les concepts de féminin et de masculin (voir ressources) afin de décentrer l’approche que les jeunes ont par rapport au sujet et de manière à revenir ensuite au débat initial.

 

À moyen terme encore, il n’est pas inutile de travailler tout simplement sur la cohésion du groupe. Pour beaucoup de jeunes, il est en effet plus facile d’accepter concrètement des personnes LGBTQ+ au quotidien que d’accepter leurs choix dans une discussion ouverte. Si telle est la situation du groupe, cultiver la cohésion constituera une option de moyen terme favorable à une reprise ultérieure du travail sur le fond.

 

À moyen et long terme, approfondissement des sujets

À moyen/long terme, il est possible de mener un travail de fond avec l’ensemble du groupe, par exemple en proposant des ateliers de déconstruction sur le genre et la sexualité dans les classes. Si l’homophobie/transphobie se révèle particulièrement intégrée chez un(e) ou plusieurs élèves (par exemple, ceux ayant commis des violences), il peut être alors nécessaire de mener un travail de déconstruction individuel sur les origines de ce ressentiment (une expérience négative, une croyance liée à des discours entendus répétitivement, etc.). Il s’agit d’apporter suffisamment d’informations aux jeunes pour nourrir leur réflexion (en restant conscient qu’on ne peut forcer un sentiment à évoluer). 

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