Société et idéologies

Concurrence entre science(s) et religion(s) ?

Au détour d’un cours (par exemple de sciences), un(e) élève vous explique que sa religion n’est pas en accord avec votre propos et que, entre la connaissance des hommes et celle de Dieu, il est évident que c’est la science qui a tort.

 

Cette situation cumule plusieurs défis peu évidents. Le premier est que, face à Dieu, il est impossible (par définition) d’avoir raison. Le second réside dans l’idée que, de chaque religion, il n’y aurait qu’une seule version, objective, immuable et consensuelle. Pour relever ces deux challenges, l’avantage est que la piste de solution est plus ou moins la même : il s’agit de cultiver la multiplicité des points de vue.

 

Attention ! Ce n’est pas forcément chose aisée. Pour l’existence de Dieu par exemple, beaucoup de jeunes (et de moins jeunes) se refusent à la perspective de se poser la question. Parce que certains milieux traditionnels condamnent cette démarche, parce qu’individuellement tout croyant a toujours peur de perdre la foi, il ne faut pas sous-estimer ce premier défi : mesurer l’abysse identitaire qui guette le croyant au moment d’appréhender la position athée.

 

Cultiver la multiplicité des points de vue, des sciences, des religions, des croyances

En ce qui concerne l’« unicité » des messages religieux, c’est malheureusement une constante dans l’histoire de l’humanité : trop de prédicateurs tendent à convaincre qu’il n’y aurait qu’une vérité : celle de leurs mots, prétendument et « objectivement » d’origine divine. Il y a par conséquent, chez trop de croyants, l’idée qu’il n’y aurait qu’une seule version de leur religion. Il y a aussi des violences régulières lorsque, à l’intérieur d’une même communauté religieuse, tout à coup plusieurs interprétations rentrent en opposition. Il y a également, comme manifestations de cette tendance, toutes ces phrases innocemment (ou inconsciemment) assassines qui commencent par « chez nous les chrétiens… », « chez nous les musulmans… » ou « chez nous les juifs… ».

 

Enfin, face aux convictions religieuses avancées, il ne faut pas oublier de pointer le fantasme de beaucoup quant aux soi-disant certitudes que la science nous donnerait en miroir. C’est là une autre dérive : celle de croire que la science serait, elle aussi, une voix unique et immuable. À  l’inverse, tout l’enjeu est donc de cultiver la nuance et la multiplicité, d’une part des positions religieuses en ce qui concerne le monde spirituel et transcendantal, et d’autre part, des positions scientifiques relatives à l’exploration des phénomènes observables.

À court terme, croire n’est pas comprendre

À court terme, l’option la plus efficace est sans conteste le fait de répondre que le but n’est pas de convaincre les élèves de la position scientifique, ni de leur demander d’arrêter de croire en leur religion. Plus simplement, ce qui leur est demandé est de comprendre la position scientifique et d’être capable de l’expliquer lors des évaluations. Vous pouvez éventuellement préciser en plus que, si l’école donne de l’importance à la science, c’est parce que c’est une démarche hyper-importante dans notre société : « pour construire des machines, pour se soigner, pour se déplacer, pour concevoir de multiples objets… » Vous pouvez d’ailleurs illustrer cette idée en prenant l’exemple d’objets présents dans la pièce : portables, stylos, plastics, produits cosmétiques… « Vu l’importance de la science dans notre quotidien, il serait dommage que les élèves ne cherchent pas à la comprendre sous prétexte qu’elle contredit la religion. »

 

À court terme toujours, vous pouvez également choisir de questionner le jeune quant à son rapport à la religion (voir annexe 7). « Quand tu parles de ta religion, de quoi parles-tu exactement ? », « Peux-tu me parler des théologiens auxquels tu te réfères ? », « Es-tu sûr qu’il n’y a qu’un seul Islam (ou christianisme) ? Pour ma part, j’ai déjà rencontré beaucoup de positions musulmanes (ou chrétiennes) différentes. Comment savoir laquelle est la bonne ? Qu’en penses-tu ? », « Sais-tu que d’autres positions de ta religion ne sont pas d’accord avec toi ? » … À travers de multiples interrogations, il est possible de remettre en question l’universalité de la position évoquée par le jeune. Attention toutefois ! Ne vous aventurez dans cet exercice que si, dans vos formulations, vous vous sentez capables d’être attentifs au timbre de la voix et à la délicatesse des remises en question. Étant donné que le jeune est sur un terrain clairement identitaire, tout l’enjeu est de semer l’ouverture d’esprit, et non de la lui réclamer.

 

Attention également ! Dans vos réactions, il est tentant de mettre le cours dans une position d’autorité. C’est d’ailleurs précisément le travers des arguments évoqués par le jeune : de prétendre à la vérité en invoquant l’autorité divine. En lui répondant par la mise en avant de l’autorité scientifique, vous ne feriez rien d’autre que répondre à un sophisme par un autre. À l’inverse, dans la foulée de ces questions, il est important de pointer le désaccord entre la position évoquée par l’élève et celle exprimée par le cours, d’expliquer que vous cherchez qu’ils comprennent ces positions scientifiques, mais qu’à aucun moment votre objectif est d’attenter à leur liberté de croyance.

À moyen terme, revenir sur le sujet et approfondir

Lorsque ce genre de discussion survient dans un groupe régulier, il est intéressant d’y revenir à moyen terme. On peut par exemple proposer d’un côté une explication plus détaillée de la position scientifique (voir ressources) et de sa variabilité dans le temps comme dans l’espace. On peut aussi proposer un dossier reprenant plusieurs positions religieuses concernant le point scientifique discuté (également voir ressources). Un moment de joutes verbales est tout aussi opportun (voir annexe 9), s’appuyant par exemple sur des dossiers que vous auriez mis à disposition. Dans tous les cas, le fait de revenir sur cette question de manière variée est un enjeu important, tant c’est le rapport fondamental des jeunes à la connaissance qui est en jeu.

 

À moyen et long terme, beaucoup de projets sont possibles dans ce cas : projet de film à aller voir, de rencontre (avec des religieux et/ou scientifiques) à organiser, de chapitres de cours à construire sur ces liens entre religion et sciences.

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